La semaine s'achève ; une bonne partie de ce qui devait être impérativement fait ne l'a pas été ; maintenant, c'est trop tard, ça n'est pas grave, on verra lundi.
Pssage Brady, 17 juin 2008.
Une belle journée ; sandwich dans le jardin public des grands moulins, maintenant qu'il est ouvert : profiter du soleil sur ces immeubles que j'ai vu sortir de terre. L'air frais, c'est bon pour l'appétit ; les étudiants sur le banc voisins qui discutent leurs problèmes dermatologiques, un peu moins, mais on fait avec.
En rentrant hier j'avais eu le temps d'écouter les sonates pour violon et piano de Bartók en buvant une bière fraîche ; aujourd'hui, non, mais je me rattrape en soirée - l'enfant baigné, nourri, dormant profondément. J'écoute du Fauré, ça va bien avec mon humeur du moment.
Suite du message d'hier : même genre de pellicule, mais en Fuji.
À la fenêtre, juin 2008.
Sinon, retombé en farfouillant dans les archives sur des photos d'il y a un an. 15 mois moins un an, ça fait trois mois : le petit bonhomme a tellement changé en un an - tout en restant le même.
Le Plume vous salue bien.
Boîtier Pentax Auto 110, film Fujicolor 200, objectif Pentax-110 50mm f:2.8.
Tiens, parlons photo pour une fois... Les lecteurs réguliers ont dû remarquer de temps à autre d'étranges photos comme celle-ci :
Rue de l'échiquier, Paris, printemps 2009.
Outre que cette boutique au visage endormi est une représentation assez fidèle de l'état de mon cerveau ce soir, de quoi s'agit-il ? De films au format 110, ces mini-pellicules à photo de vacances qui se vendaient comme des petits pains dans les années 80, avec un corps plastique reliant deux rouleaux, un pour le départ et l'autre pour l'arrivée, et qu'on utilisait surtout dans les appareils du type instamatic.
Pentax avait mis au point de jolis petits boîtiers réflex à objectifs interchangeables qui utilisaient ces pellicules : les Auto 110, répliques miniatures des réflex 24×36. J'en ai un, et même deux, achetés d'occasion (le premier que j'avais acheté était dans un état suspect) ; j'ai les pellicules qui vont avec ; j'ai même trouvé un labo qui les développe.
Le défaut de ces pellicules, c'est que du fait de leur forme les appareils sont obligés de leur faire confiance pour garder le film bien à plat et à la bonne distance de l'optique, ce qu'elles font très mal. Du coup, Pentax a beau s'évertuer, la netteté des photos est toujours douteuse...
Mon style naturel de photos aurait tendance à être plutôt analytique, comme celle d'hier : après tout le monde est fait de plein de détails. Du coup si je mettais les photos tirées de pellicules 110 tel quel, ça ferait bizarre, je trouve.
Ça tombe bien : comme je numérise ces films avec mon scanner à plat, j'ai tout loisir de scanner un peu au delà de la surface réglementaire de l'image - sachant qu'une particularité unique (et pas bien maligne) du format 110, c'est que la pellicule est préexposée avec des cadres marquant l'emplacement de l'image et son numéro sur le film. Et suivant les marques, les cadres sont de couleurs différentes, c'est plutôt marrant : jaune et vert sur les Ferrania Solaris (un des derniers fabricants sui produise ce format), bleu et rouge chez Fuji, vert sur les vieilles pellicules Kodak... Je trouve ça marrant, et ça sépare clairement ces photos de celles réalisées sur un format de pellicule plus raisonnable !
Il y a eu pire, ceci dit. Qui se souvient des Kodak Disk ?
Le Plume vous salue bien.
Boîtier Pentax Auto 110, film Ferrania Solaris 200, objectif Pentax-110 18mm f:2.8.
On parlait hier de musique à propos de locomotives ou de trains. Il y a une autre possibilité : faire de la musique avec les sons ferroviaires. Il y a par exemple l'étude aux chemins de fer de Pierre Schaeffer (1948) - qui ouvre la voie, si l'on peut dire. Mais aussi un disque sur lequel j'étais tombé par hasard et dont je ne regrette pas l'achat : Locomotive Symphony, du hongrois László Sáry. Un disque de 2002 consacré aux locomotives à vapeur : Sáry est fils de chef de gare et fier de l'être.
Emprises SNCF vues du pont de la rue Riquet, Paris 19e, 31 mai 2008.
Sa matière première cependant est plus ancienne, des enregistrements réalisés par un collectionneur de sons dans tous les dépôts de locomotives à vapeur de Hongrie - le disque comprend la symphonie elle-même, une étude antérieure et une bonne partie du matériau sonore de base.
Le résultat : de la musique, pour de vrai. L'ingénierie du son du XXIe siècle permet beaucoup plus que les bandes magnétiques de Schaeffer, bien sûr ; mais l'outil ne fait pas tout. László Sáry est un compositeur, un vrai, à découvrir au son des pistons et des sifflets.
Le Plume vous salue bien.
P.S. : je trouve que ce serait plutôt une sonate qu'une symphonie - vif, lent, vif, avec une texture musicale plus proche de la musique de chambre que de l'orchestre symphonique. Mais bon, ça, c'est juste moi.
Boîtier Pentax ME Super, film Fuji Pro400H, objectif SMC Pentax-M 200mm f:4.
László Sáry, Locomotive Symphony, CD Budapest Music Center, 2002.
La locomotive, les trains : depuis 150 ans, une matière première rythmique évidente, à la portée de tous - et notamment des musiciens de métier, grands voyageurs si l'en est. Des poètes aussi : Whitman parle de rythme, de métrique, de pulsation pour sa locomotive en hiver (1876) ; William Carlos Williams, une cinquantaine d'années plus tard, met en scène la danse des locomotives.
Les voies de la gare de l'Est près de la rue Philippe de Girard, Paris 10e, 8 novembre 2009.
En musique, curieusement, les références ferroviaires explicites prennent assez longtemps à apparaître. J'ai tendance à voir du ferroviaire dans le scherzo du premier quatuor avec piano de Fauré (op. 15), qui date de la même époque que le poème de Whitman - mais il se pourrait que je sois le seul à entendre ça, et encore : certain jour j'y entends une promenade à bicyclette.
Tout à fait explicite, par contre (et à peu près contemporain du poème de Williams) : Pacific 231 d'Arthur Honegger (1923), qui se présente non pas comme une imitation mais comme une traduction musicale des impressions visuelles, sonores et physiques de la reine des locomotives à vapeur : la Pacific 231 (deux essieux-guides, trois essieux moteurs, un essieu arrière : 2-3-1).
Il s'agit d'une courte pièce pour orchestre, qualifiée par son auteur de « mouvement symphonique » : si les pièces courtes pour piano étaient depuis longtemps rentrées dans les mœurs, par contre, pour orchestre, on était habitué à des compositions beaucoup plus longues, symphonies ou concertos. N'empêche : c'est sans doute la pièce la plus connue d'Honegger, et de loin. C'est la seule que je connais, d'ailleurs, grâce à Madame Plume qui me l'a fait découvrir.
Si pas mal de compositeurs de cette époque faisaient dans la musique de scène (cf. Poulenc ou Ropartz, dont je recauserai), destinée à accompagner des pièces de théâtre, Pacific 231 a son origine dans une nouvelle sorte de musique d'accompagnement, vouée à un bel avenir : la musique de film. Honegger avait en effet composé la musique de La Roue d'Abel Gance ; et comme il n'y avait guère de marché de la B.O.F. à l'époque, il l'a retravaillé pour en faire une pièce de concert - ce fameux mouvement symphonique.
Parti du film, Pacific 231 revient au film : je parlais à mon cher père de ce morceau et il m'a parlé d'un film réalisé comme mise en image du morceau, qu'il avait vu alors qu'il était étudiant à Caen dans les années d'après-guerre. Ce film, je l'ai retrouvé grâce aux moteurs de recherche habituels : il est de Jean Mitry, date de 1949 ; ni vidéo-clip, ni documentaire, c'est tout à fait remarquable.
Le Plume vous salue bien.
Références :
- Walt Whitman, « To a Locomotive in Winter », Leaves of Grass (p.471 de l'édition critique Norton).
- William Carlos Williams, « Overture to a Dance of Locomotives », Sour Grapes (1921) (Collected Poems, vol. 1, Londres, Paladin, p. 146).
Musique du jour, devinez quoi : Arthur Honegger, Pacific 231 : ci dessous la vidéo (avec texte en anglais) du court-métrage de Mitry et, pour compenser la médiocre qualité de la bande son du film, une interprétation par le Philarmonique d'Oslo dirigé par l'excellent Mariss Jansons.
Le vent souffle sur la ville, secouant sérieusement nos lauriers, romarins,oliviers, etc. Les plantes du cordon littoral sont généralement mieux adaptées à ce genre de traitement.
Plougrescant, pointe du château, août 2009.
Entre les roselières abritées des fonds de baie et la roche à nu des pointes les plus exposées, le jour et la nuit, à quelques kilomètres de distances. Le littoral est fait de ces oppositions.
Parmi les disques que j'ai reçu récemment, deux compositeurs bretons du début du XXe siècle : Joseph-Guy Ropartz et Jean Cras, l'un Guingampais, l'autre Brestois.
Je connaissais d'avantage Jean Cras pour la « règle-raporteur de l'amiral Jean Cras » (dans toutes les bonnes tables à cartes) mais à l'époque où il composait il n'était pas encore amiral quoique déjà officier de Marine. Sa musique n'est sans doute pas diablement innovante au regard de son époque : en gros, il est dans la droite ligne de Gabriel Fauré - on fait pire, comme lignage.
Anse de Pellinec, Penvénan, août 2009.
Je ne suis pas certain que la musique de Cras soit plus bretonne qu'une autre - maritime, sûrement ; ce n'est quand même pas la même chose. Mais je ne vois pas pourquoi ça m'empêcherait de vous proposer une photo du jour bretonne comme tout, périphériquement maritime (pieds dans l'eau garantis à marée haute), et carrément en biais.
Au premier plan, un pied de salicorne. Il y en avait plein d'autre ; j'en ai juste croqué quelques, pour goûter.