19 février 2008

Sur les pas du chancelier Bacon

L'avantage d'enseigner, c'est qu'on apprend des choses, bien forcé. Cependant qu'une étudiante de mon groupe de T.D. relève le défi de devenir en une semaine une experte sur l'œuvre du philosophe anglais du XVIe siècle Francis Bacon, je suis bien obligé d'en faire autant. Il s'agit, mentionnons-le au passage, de mes T.D. de troisième année, en principe d'histoire des techniques, en fait plutôt d'histoire des idées. Me faire enseigner ça, à moi qui en ai si peu, des idées !

Bref : en 1605, Bacon, qui avait jusque là fait carrière comme conseiller de la reine Elisabeth, récemment décédée, publie Of the Advancement and Proficience of Learning - où, pour caricaturer les choses, il invente la notion de progrès. Ou, pour les simplifier un peu moins, du savoir humain comme processus cumulatif qui permet en retour l'amélioration des conditions de la vie humaine. Ça n'est pas rien, ça, ma bonne dame.


King's Cross, Londres, Novembre 2004.

Deux siècles et quelques années plus tard, en 1808, à quelques kilomètres de Westminster où la carrière de Bacon, avec celle de l'ensemble du Parlement et du roi Jacques Ier, aurait bien pu partir en fumée avec les barils de poudre de Guy Fawke, sur un terrain vague du Nord de Londres, on monte un enclos de planches. On entre pour quelque menue monnaie ; un cirque ? Non : c'est Catch-me-who-can, de Trevithick : la première locomotive à vapeur à faire l'objet d'une démonstration publique, sur une voie ferrée circulaire de quelques centaines de mètres.

En 2004, deux siècles de plus, ou pas loin : à quelques centaines de mètres d'où se dressait l'enclos de Trevithick, le chantier bat son plein : le nouveau terminal Eurostar établit ses quartiers à Saint-Pancras ; tout le système souterrain reliant les gares de King's Cross, de Saint-Pancras, et leur station de métro, doit être refait. Franchissant en tunnel d'abord la Tamise, puis la Manche, le train permet de rejoindre Paris en 2h30 : attrape moi qui peut !

Où voulais-je en venir ? Je n'en sais rien, pour être honnête. Et ça n'a pas la moindre importance.

Le Plume vous salue bien.

Une note à lire en écoutant : Beethoven, symphonie n°7, 2ème mouvement (Allegretto).

2 commentaires:

sel a dit…

La naissance de la notion de progrès, moi, je verrai bien ça avant, quand le gars (mais qui ?) il s'imaginait sur les épaules d'un géant, non ?

Le Plume a dit…

ouais, "nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants", Bernard de Chartres je crois, XIIe siècle - mais l'idée que les contemporains sont des nains, et les anciens des géants, ça n'est pas vraiment une idée de progrès... Il s'agit plutôt d'essayer de se convaincre que l'effort pour maitriser le savoir ancien (pas forcément l'améliorer) n'est pas entièrement vain.

Il n'est après tout question nulle part de l'idée que d'autres nains pourraient venir se jucher sur nos propres épaules, et ce indéfiniment; c'est cette notion d'accumulation continue (et a priori sans fin) qu'on trouve chez Bacon.

Mais c'est une bonne question et je vous remercie de l'avoir posée. ;-)