02 août 2007

La flèche du temps

Le monde occidental s'est construit sur une idée centrale : l'imminence de la fin du monde. À chaque période de crise le refrain revient, entêtant : ce monde est trop vieux, ce monde est mourant - cavaliers de l'apocalype ou hiver nucléaire, cette fois, ça y est, c'est sûr, on est bon.


Un paysage de fin du monde : les emprises SNCF vues du boulevard Poniatowski, Paris 12e, hier en début de soirée.

Que cette flèche du temps qui va droit dans le mur soit au cœur de nos manières de penser, ce n'est pas une grande découverte. Peut-être parce que se construire un monde infranchissable à l'horizon temporel évite le vertige de l'infini : si l'axe du temps se prolonge sans fin, nos jours deviennent infinitésimaux, insignifiants ; et, signifier, on y tient.

J'ai grandi dans les années 80. No future, ce n'était pas seulement un graffiti : l'idée que l'an 2000 n'arriverait jamais, que tout péterait avant, elle était bel et bien là. Et puis voilà : la fin du monde semble avoir été reportée sine die. Depuis, on avance, un peu désorienté ; peut être pour ça que ma génération peine à trouver sa place - nos cadets sont bien plus dynamiques que nous, ils nous rattrapent déjà...

Chaque moment, chaque déception, chaque bonne surprise sont de petites fins du monde en ce qu'ils anéantissent des mondes possibles qu'on avait rêvés ou qu'on avait craints. Le temps qui passe, c'est nous.

Le Plume vous salue bien.

P.S. : d'autres photos de ce même coin sur la pellicule en cours de développement. Si elles en valent la peine, vous les verrez, et tant pis pour la quasi répétition.

3 commentaires:

sel a dit…

Sur la photo, j'aime bien le vert, et puis le côté "si si, vous êtes bien à Paris".

Sur le texte, ma foi, j'aime bien l'idée qu'on était tellement persuadés de ne pas passer 2000 que du coup, on est complètement perdus. Et que du coup, on a fait qqs conneries en matière de pollution et d'environnement, par exemple (pas seulement dû à ça, mais ça a dû jouer)

cecile a dit…

et la fin des petits pois, c'est pour quand? :)

Martin-Lothar a dit…

Bien beau petit texte. Comme quoi, il faut bien peu de mots et de temps pour écrire des choses essentielles, importantes du moins...