16 avril 2007

Moulinets

Allez, avec cette ambiance de vacances, ça mollit, tout ça. Pour une rentrée en forme, un peu de prose française du XVe siècle :

Pour ce que naguaire vent failli aux volans de mon molinet, qui multitude de nouvelles histoires debvoit tourner entre ses meules pour en tirer fleur et farine, pensant oublier mélancolie, je me tiray aux champs et, ainsi que par admiration, je reguardoye les plaisanz fiouritures dont les préaulx herbus estoient ricement parez, soubdainement s'ouvrit la terre [...]

Jean Molinet, La ressource du petit peuple, v. 1482.

Bref, il fallait bien que ça arrive : après mes petits moulins - des moulinets donc - sur la Nizonne, le Bandiat, l'Anguienne, l'Échelle ou la Tardoire, j'étais aujourd'hui de retour aux Grands Moulins.


Grands Moulins de Paris : la Seine vue de la bibliothèque universitaire, 6 avril 2004.

La Seine était toujours là ; le soleil aussi ; les emmerdements n'avaient pas disparus non plus. Business as usual.

Trenchiez, copez, détrenchiez, décoppez
Frappez, haspez banières et barons
Lanchiez, hurtez, balanciez, behourdez,
Quérez, trouvez, conquérez, controuvez,
Cornez, sonnez trompettes et clarons,
Fendez tallons, pourfendez orteillons,
Tirez canons, faittes grans espourris :
Dedens cent ans vous serez tous pourris.

Ibid., d'après Paul Zumthor, Anthologie des grands rhétoriqueurs, 10:18, pp. 78-81.

Pour terminer sur une note plus riante : j'espère que les futurs usagers de la bibliothèque ne se plaindront pas de la vue. Cette salle est une des plus réussies de tous le bâtiment, à mon humble avis.

Le Plume vous salue bien.

2 commentaires:

sel a dit…

"Dedans 100 ans, vous serez tous pourris"
J'adore le 16e siècle, je l'ai déjà dit ?
(je ne sais pas si j'ai plus peur des longues soirées à dévider et filer à la chandelle, ou d'etre toute pourrite. de toute façon, la conclusion est la meme)

Le Plume a dit…

XVe en l'occurence - mais que ce soit du point de vue de l'histoire de la littérature ou de l'histoire des techniques, il n'y a pas de coupures entre les deux.

Après tout, notre Clément Marot préféré est fils de son père Jean Marot, classé comme Jean Molinet parmi les "grands rhétoriqueurs" du XVe siècle:

Et me souvient quant sa fin l'attendoit,
Qu'il me disoit, en me tenant la dextre.
Filz/puis que Dieu/ta faict la grace destre
Vray heritier de mon peu de sauoir,
Quiers en le bien/quon men ha faict avoir


("Epistre au Roi, de Clément Marot, faissant mention de la mort de Ian Marot son pere, Autheur de ce livre", en préface aux Deux heureux Voyages de Genes & Venise, victorieusement mys a fin, Par le treschrestien Roy Loys Douziesme de ce nom, Pere du Peuple., de Jean Marot, cf. BNF Gallica)