19 mars 2007

Route One/USA

Route One/USA, de Robert Kramer : un documentaire fleuve (seule la version « courte », de quatre heures environ) sur l'Amérique, le long de cette route n°1 qui court de la frontière canadienne jusqu'au bout des Florida Keys. Un film décalé, d'un Américain qui ne se sent plus tout à fait chez lui dans son pays - comme je ne me sens pas vraiment chez moi dans le mien. Un film qui montre sans démontrer, qui montre des gens, des lieux, comment ces gens-là vivent dans ces lieux-là.


Une étape de Robert Kramer : Boston, la Charles River, la ville, l'histoire (photo juillet 2001).

Le film est sorti en 1989, la même année que Roger and Me de Michael Moore. C'est dans les deux cas un film de non fiction subjectif où la caméra suit le réalisateur ; mais là où Michael Moore prétend dénoncer, démontrer, quitte à tirer les faits par les cheveux tout en prétendant leur être fidèle, Robert Kramer montre, regarde, écoute ; un regard qui passe, qui s'arrête, qui repart. Une sorte de road movie, un peu comme le Wenders d'Au fil du temps.

Moore, c'est la parole clamée, déclamée, le logos tonitruant, histrionique à l'occasion ; Kramer, c'est mythos, la parole chuchotée, parce que sacrée, qui parle de bruits et de fureurs qui dépassent l'homme et qui l'entraînent même s'ils ne viennent que de lui, qui parle d'êtres humains, beaux et dérisoires, qui parle puis qui se tait et le silence parle aussi.

Ah, et puis, si ça ne suffit pas à vous convaincre : dans la deuxième scène, on voit ses fesses.

Le Plume vous salue bien.

3 commentaires:

sel a dit…

Ah oui, le genre de films que j'aime bien (celui de Kramer), moi qui préfère les fictions en règle générale, pourtant. Enfin, peut-etre pas quatre heures, et encore, en plusieurs fois...C'est le meme genre que Caro Diaro (Moretti), c'est ça ?

Pis la photo, elle est bien. J'aime bien le contraste entre le pont, horizpntal et plus ancien, lieu de passage par excellence, et les gratte-ciel, qui, comme leur nom l'indique...bref (qu'ils fassent gaffe, d'ailleurs, parce que vu le temps sur la photo, à trop gratter...).

Le Plume a dit…

pas vu caro diaro, mais si j'ai compris c'est plus de l'ordre de l'autobiographie, non?

Le temps était couvert, c'était une journée chaude et humide de juillet. Pas très loin de là, à Concord, on s'était fait bouffer par les black flies à walden pond.

Le Plume a dit…

et pour horizontal vs. vertical: ça fait la spécificité de Back Bay, ce quartier de Boston tout plat sauf pour ses deux tours, la Prudential et la Hancock.