31 octobre 2005

Retour au sources

Premier chapitre de mon mémoire, dans sa nouvelle moûture : Question de sources : matériaux pour l'histoire d'une usine. Autrement dit, un inventaire critique de mes sources, qui sont essentiellement des documents d'archives. Ça correspond tout à fait à ma conception du métier d'historien : quelqu'un qui fait parler des sources pour reconstituer des faits historiques. Tout le contraire donc d'un exercice de réthorique où l'on jonglerait avec des concepts tout en compilant les travaux antérieurs.

Bonheur donc de me replonger dans mes sources : elles sont belles, variées et abondantes, au risque d'ailleurs de s'y noyer comme je l'avais fait il y a deux ans... On va essayer de faire mieux cette fois-ci, comme disent les sportifs.

Et à propos de sources :


Touvre (Charente) : l'une des sources de la Touvre, le « Dormant ». 6 juin 2004, 14h20.

C'est là en effet que tout commence : l'usine que j'étudie est fondée à Ruelle en raison des particularités de cette rivière, la Touvre. Elle naît de trois résurgences, le Dormant, le Bouillant et la Font Lussac, dont les eaux proviennent de plusieurs rivières qui disparaisse, totalement ou en partie, dans le plateau clacaire qui se trouve un peu plus à l'est. Du coup, son débit est pratiquement constant toute l'année, ce qui permet de faire fonctionner au mieux les hauts fourneaux au charbon de bois (car qui dit haut fourneau dit soufflets et qui dit soufflets dit énergie hydraulique pour les actionner) ainsi que les autres machines nécessaires à la fabrication des canons. La puissance disponible est suffisante pour que, dans les années 1870, alors que la plupart des usines utilisent des machines à vapeur comme source d'énergie mécanique, la fonderie de Ruelle n'ait pas encore eu le besoin d'en établir une.

Aux sources de mes sources, il y a donc ces sources. La boucle est bouclée.

Le Plume vous salue bien.

30 octobre 2005

Buttes Chaumont

J'étais venu, je crois, pour m'allonger sur l'herbe et faire le vide dans la tête, mais les pelouses étaient trop pleines pour qu'on puisse y faire le vide, c'est sûr. Et puis, pourquoi étais-je venu ? Par automatisme plutôt, un pied devant l'autre et recommencer. Alors, mieux vaut continuer à marcher.


Parc des Buttes-Chaumont cet après-midi.

Sur le rebord du pont suspendu un héron cendré fronce le sourcil ; des équidés divers parcourent les allées, des belles bêtes des gardiens à cheval aux shetlands qui promènent les enfants. Le bac à manivelle est immobilisé au milieu du lac, comme d'habitude ; les canards sont en pleine forme, merci pour eux.

Un peu plus tard, alors que je traverse le canal Saint-Martin, la ligne de démarcation qui sépare nuages noirs et ciel bleu progresse et finit par rattraper le soleil. Mars est visible à l'œil nu paraît-il, mais pas ce soir.

Le Plume vous salue bien.

29 octobre 2005

L'océan et la pensée

Tout au bout, là bas, au dessus du pacifique, un bâtiment entièrement conçu pour la pensée : le Salk Institute, institut de recherche en biologie fondé par l'inventeur du vaccin contre la polio. Un bâtiment, ou plutôt un ensemble de bâtiments : des laboratoires, des bureaux de chercheurs légèrement à l'écart de l'agitation pour permettre à la pensée de se développer mais tous proches pour permettre le contact ; dans les escaliers et les couloirs, des tableaux noirs pour qu'une conversation de couloir puisse tourner au séminaire improvisé. Et partout entre la lumière de l'océan.


Salk Institute, La Jolla, San Diego, Californie.

Ça n'est pas un bâtiment joli, un bâtiment charmant - c'est de choses graves qu'il s'agit, de vie et de mort. Ce que l'architecte Louis Kahn a dessiné, ce n'est pas un lieu de plaisir et de détente mais un atelier, une usine à produire des résultats scientifiques de haut vol. Et pour ça, la vue sur la mer, ça aide.

Le Plume vous salue bien.

28 octobre 2005

grands lacs

HOMES : Huron, Ontario, Michigan, Erie, Superior. Le lac Champlain avait été rajouté à la liste des Grands Lacs par un amendement devant le congrès américain qui a été supprimé quelques heures plus tard : il a donc été un grand lac pour moins d'une journée. Rien à voir, de toute façon : les Grands Lacs sont de petites mers qui ne disent pas leur nom, alors que le lac Champlain n'est qu'une sorte de fjord qui serait loin de la mer.


Ontario en haut, Michigan en bas ; Supérieur à gauche, Huron à droite :
les écluses de Sault Sainte-Marie.

Tout ce que j'ai vu des Grands Lacs, je l'ai vu en me tordant le cou pour regarder au travers d'une vitre en plexiglass rayée à 11.000m d'altitude. Les labyrinthes forrestiers de l'Ontario, puis les écluses géantes de Sault Sainte-Marie ; ensuite, la côté ciselée du nord Michigan, puis le bleu du lac. De l'autre côté, ce sera soit la ville du vent, Chicago, et son immense quadrillage urbain au bord du lac ; ou alors, si l'on va plus à l'ouest, la profonde échancrure de Green Bay, qui est effectivement de couleur verte. Après les lacs, l'immense damier vert de l'Illinois ou du Wisconsin, à perte de vue. L'Amérique.

Le Plume vous salue bien.

27 octobre 2005

Hub and spokes

Heathrow, Dulles, Narita, JFK, CDG. O'Hare. Les portulans d'aujourd'hui, ce sont les cartes bigarrées que vous trouverez dans le magazine de la compagnie, dans la poche arrière du dossier qui vous fait face, et que vous lirez sûrement lorsqu'après trois heures de vol vous aurez desespéré de trouver le sommeil. Sur ces cartes, des courbes rouges ou bleues relient entre eux les aéroports internationaux - tant de voyages potentiels que vous ne ferez pas, ou si peu. Certains points ne sont connectés que par un ou deux traits ; pour d'autres, ils sont si nombreux qu'ils se confondent : là sont les hubs - en français, ça veut dire « moyeux, » et on appelle ça comme ça parce que les traits qui en partent sont comme les rayons (spoke) d'une roue de bicyclette.

Des voyageurs présents dans un de ces aéroports à un instant donné, combien ont le même point de départ et le même point d'arrivée ? Pratiquement aucun, sans doute, si ce n'est ceux qui voyagent en couple, en famille ou en groupe. Chacun a ses bagages, ses soucis et ses courbatures ; ceux dont c'est la dernière étape arborent un sourire fatigué ; ceux dont c'est le point de départ, l'excitation de l'embarquement - les autres n'arborent pas grand chose ; en tendant l'oreille vous les entendrez peut-être jurer que la fois prochaine, s'il y en a une, ils prendront un vol direct.


Chicago O'Hare, 7 août 2004.

O'Hare est sans doute l'aéroport nord-américain qui a la plus mauvaise réputation. Il faut dire qu'il est un des plus fréquentés, et qu'il est soumis aux aléas météo de la région des Grands Lacs : orages en été, blizzard en hiver - un grain de sable plus gros que les autres et le moyeu se grippe, le système s'arrête, et des milliers de passagers se retrouvent bloqués, aussi loin de leur point de départ que de leur point d'arrivée, sous l'œil goguenard des médias locaux pour qui ces blocages constituent une occasion en or de vendre du reportage-minute aux grands réseaux de télévision.

Pour notre part, nos avions étaient à l'heure, à l'arrivée comme au départ ; les formalités vite expédiées auprès de fonctionnaires cordiaux et efficaces ; le petit train reliant les différents terminaux était en service : que demande le peuple ?

Le Plume vous salue bien.

26 octobre 2005

Un petit peu de Californie

C'est sûr : c'est de nouveau la saison de rêver à la Californie.


Statue de Theodor "Dr. Seuss" Geisel sur le campus de l'University of California at San Diego, août 2004.

L'arbre mort à l'arrière-plan n'est pas un arbre mort mais une autre sculpture ; d'ailleurs, à certaines heures, il chante.

Le Plume vous salue bien.

25 octobre 2005

En plongée

Périscope rentré - balast vidé - écoutilles verrouillées - prêt pour la plongée profonde !


Baleine grise en train de sonder, Massachusetts Bay, juillet 2001.

It's been a good day, but a pretty long day. Des amis en provenance d'outre-Atlantique à Roissy au petit matin. Grâce auxdits amis, des rencontres de gens intéressant pour le café du matin et d'autres pour un tardif souper. Une journée de travail plutôt productive - contre toute attente - qui nous permet de venir pratiquement à bout de la malédiction de la fibre optique démoniaque. La fierté de faire découvrir mon quartier à mes collègues de travail, puisque ce chantier se déroule à cinq minutes à pied de chez moi. Du coup, dégustation méridienne d'un des meilleurs falafels de Paris tout en charriant le propriétaire des lieux pour sa petite mine.

Tout ceci étant bel et bon, mais là, je fatigue un tantinet. Je m'apprête donc à plonger sous la couette - et qu'on ne s'avise pas de m'en extraire avant un paquet d'heures.

Le Plume vous salue bien.

24 octobre 2005

Grandes et petites rues

Dans la plus pure tradition de l'Asie continentale, les centre-villes japonais ont généralement un plan en damier aussi régulier que possible. Ce qui n'empêche qu'il n'y ait clairement deux catégories de rues, toutes parfaitement rectilignes : les grandes avenues, ou règnent voitures et taxis à portes électriques, d'où les vélos sont absents et qu'un piéton ne se hasarderait sous aucun prétexte à traverser en dehors des lieux et instants prévus à cet effet ; et puis les rues secondaires, où il y a presque autant de vélos que de voitures et dans laquelles piétons, deux et quatre roues cohabitent sans autre règle qu'une certaine courtoisie. Les boutiques y sont étroites ; les petits restaurants ont en vitrine les maquettes en plastique de leurs spécialité ; les distributeurs de soda, de bière et de cigarettes mordent largement sur les accotements.

Évidemment, si l'on veut pousser le bouchon plus loin, on aura a cœur de comparer une grande rue d'Osaka à une petite de Kyoto...


Une petite rue du centre de Kyoto, 31 août 1998.

Si quelqu'un (mais je ne vise personne) se rappelle du nom de cette rue, je suis preneur. Non que ça me soit indispensable mais la connaissance est sans prix pour des scientifiques comme nous.

Le Plume vous salue bien.

23 octobre 2005

Osaka (au niveau du sol)

Je vous avais montré hier la deuxième photo prise avec mon boitier Pentax ; voici la toute première, pratiquement sur le seuil du magasin où je l'avais acheté :


Osaka : la rue principale du quartier de l'électronique, 31 août 1998.

Évidemment, à voir comme ça, on pourrait craindre que ce soit la dernière - mais qu'on se rassure, les voitures sont arrêtées à un feu tricolore qui, au Japon, sont respectés scrupuleusement. Par ailleurs, je trouve qu'elle n'est pas si mal, cette photo, au point que je me demande parfois si mon talent de photographe n'a pas décru progressivement depuis.

Comme c'est l'automne et que je préfère ne pas trop me répandre sur les petits blues et les petits rhumes saisonniers, il y a de grandes chances pour que mes photos des jours prochains gambadent allègrement de par le vaste monde. Pourquoi se priver ?

Le Plume vous salue bien.

22 octobre 2005

Big ooops ! tout d'abord : complètement oublié de blogguer hier. Je m'étais mis devant l'ordinateur avec la ferme intention de le faire et je me suis laissé embarquer par mes photos d'archives - car je n'ai toujours pas fini d'inventorier certaines photos prises au service maritime de Lorient en avril 2004 - et quand un baillement plus prononcé que les autres m'a fait regarder l'heure il était minuit passé ; l'entrée d'hier s'était déja transformée en citrouille.

À propos d'archives d'ailleurs : je regardais ce matin mes photos du Japon, celles que j'ai blogguées ici et les autres. Ça m'a permis de repérer une entrée qui avait échappée à ma base de donnée et que j'en profite pour contredire : j'ai trouvé une photo à mon goût de la tour d'Osaka ; c'est même, sauf erreur, la deuxième photo que j'ai prise avec le réflex Pentax (non, je n'ai pas encore craqué pour son équivalent numérique : les temps sont durs) que je venais d'acheter chez Naniwa, un .des magasins géants d'électronique, photo et informatique qui remplissent tout un quartier de la ville.


La tour d'Osaka, 31 août 1998.

Sinon, la lune se cache dans cette image, trouvez-là.

Le Plume vous salue bien

20 octobre 2005

Brumes

Aujourd'hui brumes matinales persistant jusqu'en soirée. Dans mon crâne en tout cas.


L'autoroute A48 près de Grenoble par temps de pluie, le 4 juillet 2005.

Vais me pieuter moi. Deux dafalgan et au lit.

Le Plume vous salue bien.

19 octobre 2005

Un jour à Paris

Journée consacrée pour l'essentiel à des aller-et-retour entre mon bureau, notre UFR qui déménage et les ancien locaux de l'UFR qui déménage. Le tout plutôt frustrant, stagnant voire agaçant. Mais en guise de compensation, un superbe rayon de soleil de fin de journée en remontant la rue d'Hauteville :


L'église Saint-Vincent-de-Paul, Paris 10ème, aujourd'hui à 17h50.

Je devais avoir l'air fin, arrêté au feu vert sur le scooter, avec l'appareil photo devant la visière du casque... En plus, ça monte, cette rue - pas évident de prendre la photo tout en gardant la main sur le frein !

Le Plume vous salue bien.

18 octobre 2005

Sur un air de saxophone

Another year and then you'll be happy
Just one more year and then you'll be happy
But you're cryin'
You're cryin' now
Gerry Rafferty, Baker Street.


Brighton, East Sussex, 30 novembre 2004.

Quelque part, sûrement, un avion décolle.

Le Plume vous salue bien.

17 octobre 2005

Le mystère de la fibre ensorcelée

Vous vous rappelez de ma fameuse fibre optique qui ne voulait pas passer ? Eh bien, comme je vous l'avais annoncé, elle est passée ; d'ailleurs, la voici, déroulant paresseusement ses volutes orangées dans un sous-sol de la rive droite :

Tout allait bien donc - mais il semble qu'un papier oublié par un service extérieur à notre établissement interdise pour l'instant qu'on en raccorde l'autre extrémité. La malédiction du pharaon a encore frappée.

Si quelqu'un est volontaire pour expliquer aux gens à qui on avait promis l'accès au réseau pour après-demain qu'il faudra qu'ils patientent 3 à 6 jours de plus, je l'invite à se faire connaître. Moi, il est grand temps que je change de métier.

Le Plume vous salue bien.

16 octobre 2005

automne

La saison est finie, l'arrière-saison aussi ; le kiosque à musique est fermé. L'automne est venu s'installer, discrètement, pendant qu'on avait le dos tourné.


Brighton, East Sussex, 30 octobre 2004.

Le Plume vous salue bien.

14 octobre 2005

Archives nationales

Beau soleil d'automne aujourd'hui. Rue des rosiers, d'innombrables étals vendaient des branches de palme, de myrthe et de palmier ainsi que de gros citrons : c'est sukkot, la fête des cabanes. Ce'st midi, on se promène dans les petites rues du Marais, qui dégustant un falafel, qui cherchant un coin tranquile pour sortir son tupperware. Je ne fais que passer : après une visite à la bibliothèque de l'école des mines et un entretien avec ma directrice de recherche, je me rends d'un bon pas aux archives nationales toutes proches.


Archives nationales, hôtel de Soubise, ce midi.

Les historiens disent beaucoup de mal des archives nationales ; c'est assez injuste finalement - le service public est assuré tant bien que mal, alors même que le bâtiment dévolu à la recherche est en travaux depuis maintenant trois ans. Les gens sont serviables et la salle de lecture acceptable ; la communication de documents est raisonnablement rapide. À mon arrivée, les deux cartons que j'avais commandé la veille sont là ; j'en commande deux autres pour faire bonne mesure.

Sur le contenu de ces cartons : il y a toujours des surprises, bonnes et mauvaises, dans une journée de recherche dans un dépôt d'archive. Une bonne : des cotes sur lesquelles je lorgnais depuis des années mais qui étaient longtemps restées indisponibles sont à la hauteur de mes attentes ; une moins bonne : j'avais la traduction anglaise d'un rapport français de 1775, mentionnant la cote de l'original. Je trouve dans ce cartons de nombreux documents intéressants et plusieurs échanges de correspondance avec l'auteur dudit rapport, mais de rapport, point. La traduction anglaise (parue dans le journal interne d'une entrprise sidérurgique de Birmingham en 1949) est peut-être bien la seule trace qui en reste...

Mais qu'importe : avec ces cotes des fonds anciens de la marine qui m'avaient si longtemps échappées, je commence à avoir un certain sentiment de complétude. Je tombe notamment sur les détails de conflits juridiques dont je n'avais jusqu'alors que des traces, que ce soit celui qui oppose la forge à l'équivalent ancien du service des contributions indirectes (et qui culmine en une bagarre généralisée entre ouvriers et commis des aides, dont j'avais lu un récit enjoué aux service historique de la marine à Lorient) ou celui qui oppose les entrepreneurs à l'abbaye cistercienne de Grosbot, près de Grassac (Charente). Vertige aussi des perspectives de recherches connexes, sur Indret, sur le Creusot... Ne pas se laisser happer, on n'en sortirait plus.

Sinon, l'abbé de Grosbot s'appele Dom Coup-de-Lance. Sade aurait adoré ce nom, j'en suis sûr.

Le Plume vous salue bien.

13 octobre 2005

Le grand pardon

Aujourd'hui vers 19h50 se terminait la célébration de Yom Kippur, le grand pardon - l'une des deux principales fêtes juives de l'années avec Pessah, la Pâque. J'étais pour l'occasion à la synagogue de la rue Notre-Dame de Nazareth, dans le 3ème arrondissement de Paris. La plus proche de chez nous, je crois, et surtout celle que fréquentaient depuis plusieurs décennies la mère et la grand-mère de mon épouse : n'étant juif ni par la naissance, ni par la foi, j'étais là en ami - ou plutôt en conjoint.

Je l'ai déja dit, je suis d'un naturel aussi peu religieux qu'il se puisse trouver. Seulement, voilà : les hasards de la vie, affublés comme souvent de trais féminins (et d'ailleurs charmants) m'ont fait rencontrer le judaïsme, m'en rapprocher d'aussi près qu'il est possible sans qu'on en fasse partie. J'ai envie d'en parler un petit peu.

Dire d'abord à quel point le terme de judéo-christianisme est un leurre, peut-être une malhonnêteté. Un procédé, en tout cas, consistant finalement à inclure de grée ou de force le judaisme sous la bannière chrétienne, au prix d'une ignorance réelle ou simulée des spécifictés du judaïsme.

Pas de prétention à l'universalité. Pas de volonté de convertir. Accent sur la vie terrestre plutôt que sur une éventuelle vie ultérieure. Sur la loi plutôt que sur la foi. Finalement, ce serait plutôt la recherche des points communs qui prendrait du temps - à ceci près que chétiens et juifs ont un livre sacré en commun, ce qui n'est tout de même pas rien. Mais si le livre est le même, y lit-on la même chose ?

Mais surtout, le judaïsme, c'est la combinaison d'une religion et d'un peuple ; la religion d'un peuple, un peuple un peu particulier car ayant vécu des siècles au milieu d'autres peuples, sans s'isoler mais sans s'y fondre non plus. Dans le hall bondé de la synagogue, dont c'est la plus grande affluence de l'année, les gens se retrouvent, échangent des nouvelles, au grand dam dam des rabbins et des fidèles les plus observant qui tentent d'obtenir le silence par des chut ! courroucés qui s'ajoutent au bruit ambiant. Lorsqu'approche la fin légale du jour, la foule augmente encore ; certains prient, d'autre non ; il fait chaud, les enfants sont fatigués, ceux qui ont observé le jeûne commencent à vasciller sur leurs jambes ; et puis le silence se fait : après la bénédiction des cohanim sonne enfin le shofar, la corne qui clôt les célébrations. Moment de soulagement, d'embrassades, de joie d'être ensembles : une semaine après son début officiel, l'année peut commencer pour de bon.

Le Plume vous salue bien.


Illustration : une mezuzah, achetée je crois à Portland (Maine), qui orne le chambranle d'une des portes de notre domicile.

12 octobre 2005

Cesana Torinese

Nous parlions d'Alpes : le tableau ne serait pas complet sans un peu d'Italie. En empruntant le Montgenèvre, on franchit la frontière dans un secteur plutôt insipide, un vaste herbage plus ou moins plat séparant les bourgs de Montgenèvre et de Clavière. L'ancienne barraque des douaniers, seule marque tangible de la frontière, avait repris du service pour abriter les gendarmes verbalisant les centaines de camions franchissant illégalement le col. Mais la véritable démarcation est un peu plus loin, une fois franchis les premiers tunnels : on débouche alors dans la somptueuse Valle di Susa, juste au dessus de la petite vile de Cesana Torninese.


La descente sur Cesana, 5 juillet 2005.

Connaissant fort mal la région, j'ignore quelle est la montagne qui domine ce paysage ; d'après la carte, mes souvenirs et l'absence de remontées mécaniques sur ses flancs, il doit s'agir du Roc del Boucher - guilleret, comme nom, n'est-il pas ?

Spécial making of : cette photo était à l'origine retournée à 180°. Pourquoi ? parce que je l'avais prise alors que j'étais au volant, immobilisé temporairement par l'un des innombrables chantiers routiers des Alpes turinoises, préparation des jeux olympiques d'hiver. Je tenais donc l'appareil à bout de bras, par la fenêtre ouverte, au dessus du toit du véhicule - et par conséquent à l'envers, compte tenu de la contorsion de bras nécéssaire à l'opération. Or, si le Canon Ixus 400 sait détecter la position, verticale ou horizontale, de l'appareil, il ne comprend pas le retournement complet. Voilà toute l'histoire.

Cette partie des Alpes, aux limites du Piémont, du Dauphiné et de la provence, a un carractère particulièrement solennel ou peut-être, tout simplement, particulièrement beau. Il faudra que j'y retourne.

le Plume vous salue bien.

11 octobre 2005

À propos de montagnes

Comme me l'ont presque fait remarquer mes gentils lecteurs (ou plutôt dans ce cas d'espèce mes gentilles lectrices), la Suisse n'a pas le monopole des montagnes. Mais même dans les contrées où la monnaie, la langue et les timbres-poste me sont familliers, les paysages de montagne me dépaysent et me laissent le souffle court.


Briançon (Hautes-Alpes), la ville haute et la collégiale, 5 juillet 2005.

Le Plume vous salue bien.

10 octobre 2005

retour à la bibliothèque

La recherche repart d'un bon pied : après être aller refaire ma carte aux archives nationales vendredi (j'en avais profité pour vérifier quelques références et réserver une place « photo » pour vendredi prochain), j'ai remis les pieds aujourd'hui à la bibliothèque nationale.


Bibliothèque nationale de France, site françois Mitterrand, samedi 8 octobre 2005.

Rien n'a changé : les couloirs et les escaliers sont toujours apocalyptiques ; les salles de lectures plutôt confortables ; et l'accès aux documents raisonablement rapide, surtout si on prend la peine de commander à l'avance. Pas dur : avant de partir de chez moi ou du bureau, je passe commande sur leur site web et, en arrivant, les documents sont là. Pas mal, finalement.

Évidemment, la perfection n'est pas de ce monde : le volume 73 des Transactions of the Newcomen Society (années 2001 et 2002), dont j'avais un besoin pressant, est parti à la reliure pour une durée indéterminée et indéterminable - probablement interminable. Me suis vengé en lisant la traduction française de 1839 d'un manuel de fonderie rédigé en néerlandais et dont une collègue étudiante à Paris 1 m'avait recommandé la lecture. Cette collègue a un sujet de recherche fort intéressant : à peu près le même que le mien, mais transposé à l'autre bout du monde, au Japon, et 50 ans plus tard. Je note d'ailleurs, à mon court regret, qu'elle entend en tirer une thèse, elle.

Le Plume vous salue bien.