03 juillet 2008

Du fer partout

Plus je regarde les chantiers, plus je vois du fer. Un mur, une dalle en béton, ce sont des quantités considérables de fer à béton ; d'ailleurs, on met beaucoup plus de temps à préparer, couper, au besoin souder les fers qu'à couler le béton - ça, c'est l'histoire de quelques minutes ou quelques heures.

Et puis, si vous regardez pousser un immeuble, c'est un signe qui ne trompe pas : tant que les fers dépassent en haut des murs, c'est qu'ils sont encore susceptibles de s'élever. De là à dire que les murs bourgeonnent...


Sur le chantier du futur jardin, rue Thomas Mann, Paris 13e, mardi dernier.

Si les treillis déjà soudés peuvent évoquer une grille, les barres seules, liées en fagots, me rappellent un bien ancien produit : le fer en verges, un produit intermédiaire fondamental de la métallurgie ancienne.

Le fer, une fois affiné, était conditionné en barres ; d'ailleurs, les sources anglaises utilisent bar iron comme synonyme de wrought iron. Mais ces barres, de section rectangulaire, ne s'utilisaient que rarement en l'état. Différents ateliers se chargeaient de de ces transformations, souvent au voisinage de l'affinerie ou forge à battre. La platinerie, par exemple, pour fabriquer (par martelage) de la tôle, mais surtout la fenderie, extrêmement répandue dans nos régions.

La fenderie, c'est quoi ? C'est un dispositif mu par une ou plutôt deux roues hydrauliques qui permet d'abord d'étirer et d'aplatir la barre, préalablement chauffée - un peu comme un laminoir, mais sans avoir bien sûr la précision et la puissance des trains de laminoir d'aujourd'hui ; ensuite, par des systèmes de roues à gorge, de la découper dans le sens de la longueur. On obtient ainsi, à partir d'une unique barre, un paquet de « verges » - des tiges de section réduite et plus ou moins carrée (disons, un peu plus ou un peu moins d'un centimètre) Ces verges étaient conditionnées en bottes pour être revendues.

Quel intérêt, me direz-vous ? Eh bien, c'est que ces verges pouvaient à leur tour servir de matériau à des artisans, travaillant dans des ateliers plus modestes - en particulier les cloutiers. C'est que, dans la construction en bois, il faut du fer, pour faire tenir tout ça ! Les fouilles de sites médiévaux, y compris du Moyen-Âge ancien (comme les fameux chevaliers pêcheurs du lac de Palladru) mettent au jour des quantités importantes de clous, à des époques que l'on voudrait croire techniquement ineptes...

Sans fenderie, pas de clous ; sans clous, pas de grange. Et de la même manière, sans laminoirs, pas de fers à béton ; sans fers à béton, pas de béton ; sans béton, pas de pont, d'immeubles ou de piscine municipales !

Le Plume vous salue bien.

2 commentaires:

Myriam a dit…

"Et puis, si vous regarder pousser un immeuble, c'est un signe qui ne trompe pas : tant que les fers dépassent en haut des murs, c'est qu'ils sont encore susceptibles de s'élever."

Parfaitement. C'est même un signe d'ascension sociale (et de ses difficultés) qui ne trompe pas dans les villes du Sud, en particulier en Afrique du Nord.
Quand t'as les sous, tu fais le rez de chaussée et tu laisse les fers dépasser. Après, plus de sous, donc tu habites au RdC jusqu'à que tu aies les sous pour le 1er étage. Que tu construis, et que tu habites (le RdC étant souvent transformé en échoppe à ce moment-là), tout en relaissant les fers dépasser pour le futur 2e étage, confiant que tu es dans l'avenir. Lequel finira bien par arriver un jour !

Le Plume a dit…

ce sont donc des maisons en voie de développement, si je comprends bien!