16 mars 2006

La chasse au gaspi

Je suis sûr que certains d'entre vous se rappellent des campagnes de l'agence française de la maîtrise de l'énergie dans les années 70 et 80 : un litre d'essence consommée en trop=un gaspi, etc. ? Avec illustrations de Reiser et de Cabu, si mes souvenirs sont bons ? Eh bien, si elle existe encore, cette agence devrait s'intéresser au cas de notre premier ministre : quel beau gaspillage d'énergie pour son coup foireux.

Où en somme-nous aujourd'hui ? Villepin a sonné le rappel général des troupes, tous ses ministres le doigt sur la couture du pantalon, alors qu'au moins le tiers d'entre eux, notamment le ministre du travail et celui de la cohésion sociale, étaient contre le projet. Sarko, lui, se frotte les mains et se paye même le luxe de recevoir les organisations étudiantes sous prétexte de coordonner l'action des services d'ordres avec celle des forces du même nom - mais il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour voir que c'est un moyen de se dédouaner auprès des jeunes de l'action du gouvernement. À droite, on se gratte la tête pour trouver une solution, au point que le président de l'assemblée ne cache pas qu'un rejet par le conseil constitutionnel arrangerait tout le monde. Mais Villepin, qui au bout du compte n'a rien d'un politique, s'entête et joue le pourrissement : alors que l'absence de négociations préalable était mise sur le compte de l'urgence, il refuse de demander au conseil constitutionnel d'examiner le texte en urgence. Faut croire que finalement ça peut attendre un mois de plus.


Place de la République, dimanche dernier. Elle n'est pas en danger, certes, mais ça n'est pas une raison pour jouer aux cons.

De l'autre bord, on a une extrême-gauche teigneuse, sure de son bon droit et que j'ai depuis longtemps cessé de trouver sympathique. C'est elle évidemment qui monopolise les caméras qui finalement n'aiment rien tant qu'une bonne baston - c'est bon pour les taux d'audience. On oublie du coup qu'une majorité de jeunes est mobilisée dans le calme et la bonne humeur, qui trouvent un peu fort qu'on leur réserve, spécialement à eux, la possibilité d'être virés sans motif - recul extraordinaire du droit du travail français, il ne faut pas l'oublier.

Et à côté de ça, nos présidents d'universités, largement dépassés par les événements (lisez les communiqués alambiqués de la présidence de Paris 7 si vous avez un doute là dessus). Il y a ceux qui, comme Pech à Toulouse, sentent bouillir dans leur artères quelque peu encrassées par les ans le sang de Mai 68 ; il y a les badernes réactionnaires comme Jean-Robert Pitte, spécialiste mondial du saucisson et président de Paris 4 (*) - et tous les autres, qui ne comprennent pas bien de quoi il s'agit mais voudrait qu'on laisse leurs jouets tranquilles.

Et tout ça donne quoi ? Un beau gaspillage d'énergies pour un projet inutile et dont personne ne voulait. Chapeau. Je ne sais pas si « marché du travail français a besoin d'être plus flexible » pour reprendre un poncif à la mode ; une chose est sure, même si c'était le cas, ce n'était pas la bonne manière de s'y prendre.

C'est promis, demain, je ne parlerai plus de ça. De patrimoine industriel, tiens, pour préparer la journée d'étude de samedi.

Le Plume vous salue bien.

(*) J'apprends par la presse que les horribles déprédations dont Pitte se lamentait au Jité l'autre jour étaient pour une bonne part des tentatives pour trouver sa cave à vin. Malheureux ! Ne faites pas ça ! Je le connais, son pinard. Il est absolument imbuvable. Lui aussi.

2 commentaires:

Bigou a dit…

C'est bien vrai ça. Nous, dans les manifs, on s'embrasse pour la paix.

Le Plume a dit…

C'est pas à la messe qu'on fait ça...? ;-)